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Technique "russe" ou "francaise", saut à la perche

Par Alice OST
Le saut à la perche est une discipline athlétique qui associe la vitesse et la technique du sprinter lors de la course d'élan, l'explosivité du sauteur en longueur lors de l'impulsion et une attitude gymnique lors du franchissement.

Actuellement élevé à 6m15, le record du monde du saut à la perche masculin est détenu par un ukrainien, Sergeï Bubka.
Entraîné par V. Petrov, cet athlète avait des qualités physiques impressionnantes mais il avait aussi une technique de saut différente de celle d'une majorité de perchistes, notamment de celle des français.
Du fait que cette technique est aussi réalisée par la meilleure perchiste mondiale, elle commence à se développer chez de nombreux entraîneurs dans le monde entier. C'est en Allemagne et en Australie, que cette technique est le plus entraînée, avec la Russie.
En France elle est encore peu développée dans le haut niveau car de grands sites du saut à la perche comme Bordeaux avec G. Martin, l'Insep avec G. Baudouin ou encore P. d'Encausse à Clermont-Ferrand ont une logique de sauter "à la Française". Par contre Vanessa Boslak qui sautait typiquement avec la technique française se sert de la technique Russe pour optimiser la sienne, et d'autre perchiste comme V. Favretto entraîné par C. Bourguignon à Lyon, montre des éléments de la technique de Bubka.
Aussi la technique Russe est tout de même étudiée par un petit nombre d'entraîneurs et tend à se développer un peu chez les jeunes.

Ainsi ces deux variantes de style du saut à la perche Français et Russe se côtoient, elles possèdent des invariants techniques communs, tout en possédants chacune des différences dans la réalisations des tâches du saut à la perche. Aussi chacune correspond à un type de sauteur (psychologique, force, poids...).

Il me semble alors intéressant d'aborder dans ce dossier les variantes de styles des deux techniques à partir de la fin de la course d'élan jusqu'au début du renversé. Pour cela nous étudierons des articles de différents auteurs, pour montrer les variants et les invariants techniques de ces deux écoles.
J'ai choisi de travailler sur ce thème car j'essaye avec mon entraîneur que mon saut soit optimisé surtout au niveau de ces phases du saut, liaison course/appel, impulsion, balancé.
Aussi on s'intéresse plus particulièrement à la technique Russe depuis assez longtemps. J'ai alors analysé la technique Russe en la comparant à la technique Française.
Tout d'abord j'ai choisi différents articles, dont la majorité sont en Anglais. En effet il n'existe pas d'ouvrages traduits en français, qui donnent des informations précises sur la technique Russe du saut à la perche, et la vision des entraîneurs Français sur la technique Russe n'est pas toujours en corrélation avec ce que peuvent expliquer les entraîneurs Russes (due aussi au fait qu'il n'y a pas de documents en français).
Les deux articles que j'ai trouvé en Français, sont une comparaison par un entraîneur français, des deux techniques (athlé magasine, par G. Martin), et un article écrit par M. Houvion sur le saut à la perche (donc conception française).
Ces articles sont présentés à la fin du dossier.

J'ai choisi d'organiser ce dossier en plusieurs parties, qui sont en fait les différents moments et gestes effectués dans les phases qui nous intéressent. Même si les parties sont séparées, chaque comportement découle du précédent et entraîne le suivant.
Pour chaque partie nous détaillerons le comportement puis nous enchaînerons par les explications successivement, des comportements russes en un premier point puis des comportements français en un deuxième point.

L'impulsion permet la liaison course-appel, donc d'emmagasiner la vitesse produite lors de la course d'élan.
Un des point le plus représentatif de la technique Russe est le "pre-jump" aussi appelé "free take-off". Il correspondrait d'après Petrov, à une impulsion plutôt en arrière de la projection au sol du levier, par rapport au butoir.

La perche ne doit pas toucher le butoir avant la fin de l'impulsion, (soit avant que le perchiste ait décollé), et pour V. Petrov un bon présenté ne se regarde pas mais s'écoute (même si S. Bubka ne l'appliquait pas si bien, c'est dans cette intention que cette technique est abordée, et peu d'athlètes décollent en arrière de la projection orthogonale de leur levier).
Pour cela le présenté se fait de manière anticipée, "sur deux ou trois foulées, en amenant la perche directement vers le haut" (Georges Martin), le "free take-off" permet aux perchistes d'attaquer l'impulsion plus agressivement, (Petrov).
En revanche les Français ont plutôt un point d'impulsion juste dessous la projection orthogonale du levier, ou même an avant. "L'appui est passé en montant, en donnant une impulsion vers le haut".

· Ainsi dans le premier cas, l'impulsion permet de passer de la phase horizontale à la phase verticale avec plus de fluidité et ainsi garder le plus de vitesse horizontale, l'impulsion se fait essentiellement vers le haut. Aussi le présenté à un enjeu dans cette fluidité, il est réaliser dans l'optique de laisser tomber le bouchon de la perche, donc la perche descend progressivement. Aussi cela favorise une accélération des dernières foulées, d'après Petrov.

· Dans le deuxième cas l'impulsion est réalisée plutôt en force, avec une impulsion vers le haut et surtout une action du bras gauche que nous verrons par la suite. Ainsi la transition est moins fluide aussi car le sauteur est "enlevé" du sol par la perche.

Pour répondre à la demande de tâche, qui est celle d'emmagasiner le plus d'énergie possible, de perdre le moins de vitesse crée auparavant, les Français et les Russes s'y prennent différemment.
Lors de la phase de la pose du pied d'impulsion jusqu'au décollage, les Russes cherchent une ouverture maximale (en anglais et en allemand on appelle la phase suivant l'appel "position C").
Dans cette position les deux bras sont au-dessus de la tête, le bras gauche reste fixe mais n'a aucune action de "poussée" contre la perche, de ce fait l'écart entre les mains est réduit.
En revanche, le Français réalise une impulsion vers le haut et va rechercher à bloquer son bras gauche pour fléchir la perche, il sera ainsi facilité par un écart de mains important.
Pour M Houvion, l'action du bras inférieur sur la perche dépend de plusieurs facteurs, notamment le point d'impulsion. Ainsi cela est aussi expliqué par le comportement précédent, les français impulsent plutôt devant le point d'impulsion statique, il est alors nécessaire de "pousser" la perche pour la faire avancer.

· Le premier comportement permet lors de la position C, par le retard de la jambe d'appel et le point d'accroche des mains une résistance aux forces vers l'avant qui entraînent le corps de mettre en tension toute la chaîne musculaire postérieure. On verra par la suite à quoi sert cette mise en tension. Le bras gauche ne sert pas à fléchir la perche, les deux mains sont rapprochées (50 à 60cm) et permettent au corps d'optimiser la position C, ainsi le bras gauche ne gène pas le buste à aller vers l'avant, et ainsi n'effectue pas de poussée sur la perche pour la fléchir.
Les Russes cherchent dans un premier temps, un comportement qui leur permet de garder le maximum de vitesse en mettant en tension la chaîne postérieur.

· En conséquence à l'impulsion qui se fait vers le haut et plutôt en avant du point d'impulsion, le bras gauche pousse la perche pour lui transmettre les forces horizontales qui découlent de la course d'élan, sinon la force horizontale serait au niveau des jambes, et celles-ci "partiraient" vers l'avant et sans élan vers le haut, le renversé serait donc difficile. La flexion de perche est beaucoup plus avancée que dans l'autre technique, c'est à dire qu'au décollage la perche est plus fléchie que dans l'autre technique, ce qui va entraîner une entrée dans le renversé différente, M. Houvion parle de pénétration.
Les Français transmettent alors, dés l'impulsion, la vitesse crée lors de la course en emmagasinant un maximum d'énergie dans la perche.


En effet dans la technique Russe, le perchiste va alors fouetter rapidement avec sa jambe d'appel, ce qui va donner de l'élan au corps pour renverser sans grouper.
Le Français va fouetter mais très brièvement, pour tout de suite grouper.

· Les muscles étant mis en tension dans la position C vont agir par étirement-renvoie, et ainsi augmenter la vitesse de balancer. Ce balancer est comparé par Petrov à "un soleil" à la barre fixe. Ce fouetté rapide permet de continuer la flexion de la perche, car il place le centre de gravité sur une trajectoire courbe; le perchiste balance autour de l'axe des mains, donc le centre de gravité est plus bas lorsque le pied de la jambe libre passe sous les épaules, ainsi il y a une force vers le bas qui fait fléchir la perche. Tout ceci permet par la suite une fermeture rapide de l'angle bras/tronc, par un enchaînement naturel. Ainsi la flexion et le "décharge " de la perche sont relativement rapide.
Cette phase de balancé permet de créer de l'énergie emmagasinée par la perche et d'être utilisée pour le renversée.

· Chez les Français, c'est le bras gauche qui est responsable de la flexion de la perche et qui permet de faire avancer la perche, le saut permet de la faire monter. Ces actions permettent de se faire propulser vers le haut, ainsi le perchiste groupe pour raccourcir le pendule tout en maintenant son appui bras gauche et attend la décharge de la perche, qui se fait assez lentement, tout comme la flexion.
Durant cette phase, le perchiste emmagasine le maximum d'énergie dans la perche, grâce à la pression du bras gauche. Une force importante au niveau des abdominaux est nécessaire pour renverser "en force".




L'analyse de ces différentes techniques m'a permis de me rendre compte par moi-même des tâches à réaliser dans cette technique Russe et dans quelles intentions elles sont produites.
Cela m'a permis d'avoir une vision et une réflexion personnelle sur ces deux techniques qui m'ont déjà été largement expliquées par mon entraîneur.
J'ai aussi compris la difficulté d'essayer de séparer deux techniques. En effet les conceptions sont différentes mais l'application chez les sauteurs n'est pas aussi nette. Il est difficile de déterminer le "pourquoi" des comportements réalisés et de prendre en compte tous les avis et les perceptions des entraîneurs, ainsi je me suis construis une "conception personnelle" en quelque sorte.
En effet en essayant d'analyser le saut à la perche avec le modèle PERU*, les réponses aux différentes demandes de tâches paraissent plus claires. Il est vrai que sans ce modèle j'avais plus de difficulté à savoir pourquoi certains fléchissent la perche avec leur bras gauche et d'autres le font avec un fouetté de la jambe d'appel. Je peux alors penser que dans le premier cas le sauteur cherche seulement à emmagasiner de l'énergie dans la perche pour pouvoir l'utiliser au sommet de sa trajectoire, alors que dans le deuxième cas le sauteur cherche à emmagasiner de l'énergie dans la perche tout en le restituant pour faciliter le renversé.
Ainsi je me suis aussi servi de mon vécu, notamment la conférence internationale de saut à la perche, ou Petrov à fait une intervention.
Je me suis très peu servie d'images, donc la réflexion pour comparer deux sauts des techniques différentes, (Isinbayéva, de laquelle j'ai déjà étudiée auparavant de nombreux kinogrammes, pour la technique Russe, et Dossévi, sauteur représentatif pour moi de la technique Française), m'a apportée une légère amélioration dans ma visualisation de l'impulsion. Celle-ci était auparavant le plus souvent absente. En effet le fait d'essayer de "découper" le saut pour analyser les deux techniques le plus clairement possible, et aussi pour expliquer ces comportements, m'a fait travailler ma représentation mentale sur des sauts. Celle-ci étant très intéressante car je n'ai pas pu sauter à la perche pendant un mois et demi. Ainsi j'ai travaillé le saut à la perche mentalement pendant cette période et j'espère que cela me permettra de recommencer la pratique sur de bonnes bases.
* PERU = Produire, Emmagasiner, Restituer, Utiliser l'énergie





Bibliographie:

-"Pole Vault Swing Technique and Drills by Advantage Athletics"
Article qui compare les différentes phases d'un "soleil" aux barres avec celles d'un balancé au saut à la perche. C'est un article tiré d'internet il y a quelque temps. C'est une idée de V. Petrov, qu'il a présenté lors d'une conférence.

-"Tableau: comparaison et technique"
Comparaison des deux techniques, traduction libre basée sur plusieurs sources, des revues allemandes de 1993, 1999 et 2003 (voir aussi la comparaison D. Ecker et J. Galfione (www.leichtathletik.de/dokumente) où une partie de ces idées est expliquée).

-"Face à face: deux écoles" Athlé magasine N°451 Juin 2002
comparaison des deux techniques par G Martin, un entraîneur Français.

-"The pré-jump" by A Launder, Australia
Article suggérant un appel loin.

-"Traité d'athlétisme, Les sauts" année 1979
Article de M Houvion, entraîneur de J. Galfione.



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